mercredi 20 mars 2013

Homélie du 5° dimanche de Carême C

Homélie du 5° dimanche de Carême C
Carmel de Saint-Maur
Père Maurice Boisson
 
 
Malgré le froid et les quelques flocons de neige de ces derniers jours, nous pouvons quand même dire avec le poète : « Mars prépare en secret le printemps ». Un printemps que l’on attend et dont on perçoit des signes, après l’apparente mort de l’hiver.

« Il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » (Isaïe 43,19) demande la première lecture à propos du monde nouveau de Dieu. Il est vrai qu’on est plus enclin à voir ce qui ressemble à l’hiver qu’à être attentif aux pousses, aux germes, aux bourgeons, qui dans nos vies et dans le monde annoncent un meilleur, une germination.

Cette semaine, nous a été donné un nouveau Pape : François, qui ne manque pas de susciter des espérances pour l’Eglise et sa mission. Il y a en chacune et chacun de nous à la fois un besoin de renouvellement et une résistance à ce qui bouscule. On voudrait bien changer de chaussures, ou tel habit, mais on est tellement bien dans ceux que l’on a l’habitude de porter. On voudrait bien voir les autres changer, mais il est difficile de changer soi-même : ses habitudes, ses façons de penser, de faire. Il n’est pas facile non plus d’accueillir une parole de pardon qui nous invite à changer. Donner est parfois plus facile que d’accepter de recevoir…

La Parole de Dieu, en ce cinquième dimanche de Carême, nous invite fortement à ce renouvellement intérieur, à accueillir en nous cette eau vive qui peut irriguer les déserts de nos cœurs et les lieux arides de nos vies, parfois asséchées. C’est la promesse de renouveau de la première lecture : « Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé » (Isaïe 43,18), dit le Seigneur par l’intermédiaire du prophète Isaïe, « Voici que je fais un monde nouveau » (Isaïe 43,19).

C’est aussi l’expérience de Paul dans la deuxième lecture : « Une seule chose compte : oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but » (Philippiens 3,13-14). Si le poids de nos faiblesses, la résistance du passé, nos habitudes, nous freinent - comme le froid de l’hiver, froid du passé - le dynamisme de la grâce de Dieu nous tire en avant, vers le haut, vers du neuf.

C’est bien ce qui est arrivé à cette femme que les chefs religieux amènent à Jésus pour le piéger : « Et toi, qu’en dis-tu ? » (Jean 8,5). « Si tu ne la condamnes pas, tu vas à l’encontre de la loi de Moïse, si tu la condamnes, tu vas à l’encontre de ce que tu prêches de la part de Dieu », pourraient-ils dire. Ils lui tendent un piège pour le condamner lui-même.

Alors que la situation de cette femme la conduisait tout droit à la mort par lapidation, Jésus lui ouvre - lui propose - un avenir nouveau, un renouvellement, un re-départ. Jésus répond à la question : « Qu’en dis-tu ? » par des gestes. Il se baisse. Dans son abaissement, il rejoint cette femme rabaissée. Il rejoint l’humanité blessée. Il nous rejoint. L’amour ne peut pas regarder de haut. L’humilité est au cœur de l’amour. En écrivant sur le sol, en silence, comme on écrit sur l’eau ou sur le vent, Jésus casse le cercle de la violence, du passé, de l’enfermement. Dans ce mot « enfermement », il y a le mot « enfer ». Enfermement dans lequel ses accusateurs mettent cette femme : enfermement dans le passé, dans un acte, dans une mort, dans une loi. Jésus se redresse. Il ne nous identifie pas à notre péché. Son regard, sa parole, relèvent, redressent, ouvrent ; comme il regardera Pierre après son reniement, comme il nous regarde. Un regard méprisant enferme, un regard aimant appelle à plus. « Les seuls, les vrais regards d’amour sont ceux qui nous espèrent », écrivait le Père Baudiquey à propos du père de l’enfant prodigue. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » (Jean 8,11).

La Parole de Dieu de ce dimanche est à la fois un message de tendresse, de pardon et d’appel à un renouvellement intérieur, à sortir de nos enfer-mements. Cet appel est bien exprimé par le psaume de ce jour : « Ramène, Seigneur, nos captifs, comme les torrents au désert. Qui sème dans les larmes moissonne dans la joie » (Psaume 125,4-5). Si le passé, le péché nous marque, il ne nous enchaîne pas : c’est le travail de la grâce.

Aucun commentaire: