Homélie 3e dimanche de Pâques 2014Carmel de Saint-Maur - Père Maurice Boisson
Qui n’a pas marché sur un
chemin où tout semblait perdu ? alors que le jour baisse, quand la nuit
vient encore alourdir les événements et les sentiments, quand les portes et les
cœurs se ferment ?
Qui n’a jamais dit sur ce
chemin : « Explique-nous ce qui se passe, pourquoi nous ressassons
tout ce que nous sommes en train de discuter » ?
Qui, sur ce chemin, n’a pas
eu chaud au cœur, par une présence inconnue qui ouvre les yeux et le cœur ?
« Il marchait avec eux. » (Luc 24,15) Ils ne le reconnaissaient pas (cf. Luc
24,16).
« Reste avec nous, c’est déjà tard. » (cf. Luc 24,29)
Voici qu’au bout du chemin, à
l’auberge, autour de la table basse, près de la cheminée, l’inconnu prend le
pain posé sur la table. Il casse la miche en morceaux et il les donne à
chacun : « Tiens ! »
Il refait le même geste qu’il
a fait il y a trois jours, avec ses amis, avant de mourir.
Leurs yeux et leurs cœurs
s’ouvrirent (cf. Luc 24,31), les nôtres : « Jésus, le crucifié, le
Nazaréen, Jésus, c’est lui. Vite, retournons, reprenons le chemin inverse
auquel nous tournions le dos par dépit ; pour dire aux
amis : « C’est vrai, c’est lui, il est ressuscité. »
Emmaüs, c’est chez nous, en
nous. Le chemin qui y conduit, c’est celui de notre foi, de nos vies marquées
par la déception, le découragement, la tentation de tourner le dos. C’est alors
que quelqu’un nous rejoint, d’abord sans se faire connaître ; il écoute ce
qui tourne dans notre tête, il nous explique des choses, venant du cœur de
Dieu. On sent qu’il se passe quelque chose dans notre cœur, qui redonne
courage. On a envie qu’il reste avec nous, quand on a peur de la nuit.
Et là, il se fait reconnaître
au geste du don, de l’amour, du partage du pain. Dieu se fait toujours
reconnaître par son identité : l’Amour.

