dimanche 13 février 2022

Homélie du Père Maurice Boisson Carmel de Saint Maur

Carmel de Saint Maur - 6e dimanche année C

Dimanche 13 février 2022

Homélie du Père Maurice Boisson

Jr 17, 5-8 ; 1Co 15, 12. 16-20 ; Lc 6, 17-26

 « Si on bâtissait la maison du bonheur…quelle serait la plus grande pièce ?...Ce serait la salle d’attente ! », écrivait un auteur du siècle dernier.

En effet, qui n’a pas envie d’être heureux ? Qui ne cherche pas, n’attend pas, les moyens d’avoir un peu, ou un peu plus, ou beaucoup de bonheur dans sa vie ? Ce désir est bon. Il est ancré au fond de tout être humain depuis toujours, c’est le désir de Dieu. Dieu ne nous a pas créés pour que nous soyons malheureux. Il nous a donné l’être, la vie, la conscience, l’esprit, l’amour…parce qu’Il nous aime. Peut-on aimer quelqu’un et vouloir qu’il soit malheureux ? Bien sûr que non ! Oui, la salle d’attente de la maison du bonheur est pleine de gens, dont nous sommes peut-être, en attente, en recherche de ce qui peut nous rendre plus heureux.

            On est bien dans l’évangile de ce dimanche. Six fois dans ces quelques lignes, Jésus nous dit : « Heureux vous qui… ». Il nous indique des chemins de bonheur. Autant de fois, il nous met en garde contre les fausses pistes de cette recherche. « Malheur pour vous qui… ». Jésus nous indique des portes pour ne pas rester dans la salle d’attente, et pour accéder à plus de bonheur. Il nous signale des voies sans issues dans notre recherche. Il nous propose un itinéraire balisé qu’il nous faut comprendre.

                      En écoutant ces paroles de Jésus, on peut être choqué, on peut douter de la direction : « Vous êtes heureux vous les pauvres, vous qui avez faim, qui pleurez, qui subissez des insultes ». C’est ça, être heureux ?! Alors que Jésus lui-même a passé le plus clair de son temps à guérir, à nourrir, à consoler, à relever, en disant que c’était des signes de la bonne nouvelle d’un monde nouveau, celui de Dieu. Jésus n’a pas prêché la résignation, ni la misère. Il a agi pour le bien, pour la dignité, pour la vie, pour guérir le mal intérieur du cœur. Alors que veulent dire ses paroles ?

Jésus nous renvoie à notre propre expérience. Qu’est-ce qui nous rend heureux et malheureux dans la vie ? Qu’est-ce qui nous procure un peu ou beaucoup de bonheur intérieur, de paix dans le cœur avec nous-mêmes, avec les autres et avec Dieu ? Qu’est-ce qui empêche ou freine la réalisation de ce désir ? La route de bonheur proposée par Jésus est sur le GPS de notre cœur. Il est sûr, celui-là. Ce bonheur existe bien « ailleurs que dans les rêves, ailleurs que dans les nues », dit le poète. Ce bonheur est à portée de main, de cœur, de gestes de charité, d’amour…

Heureux les pauvres, non pas parce qu’ils n’ont rien ou pas assez mais parce qu’ils ont choisi de se désencombrer d’eux-mêmes et des possessions qui les possèdent et les accaparent. Ils ont de la place dans leur cœur et dans leur tête pour accueillir les valeurs du Royaume, dit Jésus, ce monde de Dieu qui ensemence notre monde.

Heureux vous qui avez faim, non seulement de nourriture matérielle - encore que…il y ait des gens qui ont faim aujourd’hui – mais une faim faite d’un manque de reconnaissance, de dignité, de justice, de paix…

Heureux vous qui pleurez car, comme Jésus, vous ne restez pas dans la sécheresse de l’indifférence devant la peine des autres. Jésus ne condamne personne en disant : « Quel malheur pour vous, les riches… ». Il constate que l’excès des biens matériels, le repli sur soi, la domination, ne sont pas essentiels au bonheur, ni à la paix intérieure.

On rencontre des gens heureux, des pauvres et des riches, et nous en sommes peut-être. On trouve toujours en eux une paix et une force intérieures, une joie simple pour les petites choses, une absence de rêves de grandeur insensée, un amour simple des autres et de la vie ensemble, un accueil paisible qui apaise, bref, une vie qui a du goût, un goût, un parfum de l’évangile. Le fil rouge des propositions de bonheur de Jésus : c’est l’amour, la charité, la référence de nos vies à l’évangile. C’est le désir initial et éternel de Dieu qui nous veut heureux.

 Ce chemin de bonheur est bien exprimé par Saint Augustin : « Tu nous a faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi ».

 

 

Aucun commentaire: