Homélie 31e
dimanche C
Carmel de Saint-Maur - Père
Maurice Boisson
Quand deux regards se
croisent ! Ca peut changer la vie. C’est vrai entre deux personnes, mais
aussi quand Dieu croise notre regard.
Qu’est-il donc arrivé à
Monsieur Zachée ? Monsieur Zachée, c’était quelqu’un de riche – dit Luc :
le directeur des impôts de la ville populeuse de Jéricho, occupée par les
Romains.
Monsieur Zachée ne manquait
de rien, sinon de l’essentiel : de la considération et de la bienveillance
de ses compatriotes. Il était détesté, lui, le collaborateur, ramassant de
l’argent sur le dos du peuple, pour l’occupant. Comme il payait à celui-ci un
forfait d’impôt, il pouvait ramasser et garder ce qu’il voulait, et s’enrichir.
Bref, toujours est-il que ce
Monsieur Zachée avait un désir secret : il cherchait à voir qui était
Jésus. Pourquoi ? On ne sait pas. C’est le mystère de chacun, et de ses
désirs profonds. Comme il était petit et qu’il y avait foule, il grimpe sur un
arbre - c’est pas très discret !
Il a suffi à Jésus de lever
les yeux, et de croiser le regard de ce publicain. Des regards qui se croisent
et se rencontrent : et il arrive quelque chose de nouveau à celui dont le
désir se réalisait - mais peut-être autrement qu’il l’avait prévu.
Il n’est pas habitué, cet
homme, à ce regard bienveillant que Jésus pose sur lui : il n’est pas
habitué à la douceur de cette voix qui l’appelle ; ce qui est son pain
quotidien, ce sont les yeux qui se détournent sur son passage, les regards
méprisants qui le blessent, les paroles de haine – même s’il sait bien
pourquoi.
Lui qui était venu pour voir,
c’est lui qui est vu - et par quel regard : le regard même de Dieu en
Jésus, un regard qui ne rejette et ne condamne jamais, qui va au-delà des
étiquettes pour accueillir et aimer ; et, parce qu’il aime, il appelle à
plus.
Un regard méprisant est
toujours paralysant, bloquant ou révoltant. Un regard aimant est toujours
appelant et apaisant.
« Vu, t’est vu ! »
- et notre homme entend Jésus l’appeler par son nom : non pas
« Monsieur Zachée », mais « Zachée » - ce qu’il est en
vérité – « Zachée », qui veut dire : Dieu se souvient.
« Descends vite » (Luc 19,5) – non seulement de ton arbre, mais de ta
suffisance, de ta fonction, de tes étiquettes collées à ta peau.
« Aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez
toi » (Luc 19,5).
Il n’en croit pas ses yeux et
ses oreilles, ce pécheur public, indigne aux yeux de tous, et sans doute aussi
à ses propres yeux. C’est toujours étonnant comment une attention, une parole,
un regard peuvent réveiller en chacun ce qu’il a de meilleur, et aussi parfois
faire l’inverse, si le regard et les paroles sont méchants.
C’est le regard qui nous
espère, c’est le regard de Dieu.